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Disques

  • Résistance !

    Jacques Schwarz-Bart - Resistance.jpgIl n’est jamais inutile de rappeler que le jazz est une musique de libération et, ce faisant, de résistance face à toutes les formes d’oppressions. Sa place dans le paysage contemporain est par conséquent essentielle, aujourd’hui plus que jamais. On en saura d’autant plus gré à Jacques Schwarz-Bart de s’inscrire pleinement dans ce mouvement séculaire avec son nouveau disque, Resistance, qu’il poursuit à cet égard un combat de longue durée dont la naissance remonte pour ce qui le concerne au jour de sa venue au monde, héritage parental aidant. N’oublions pas, par exemple, que ses chers et célèbres parents, André et Simone Schwarz-Bart, ont écrit ensemble La mulâtresse solitude, un roman consacré à une figure de résistance à l’esclavage en Guadeloupe. Ce disque est donc de la part du saxophoniste le nouveau fruit d’une trajectoire personnelle en connexion directe avec l’histoire politique. « Le message que je projette, je ne l’ai pas préparé au préalable. C’est comme ça que j’écris de la musique et c’est ainsi que j’ai constaté que c’est toujours une musique de résistance. Elle est le fruit de cultures qui ont été spoliées par l’histoire, qu’il s’agisse des cultures afro-caribéennes, noires américaines ou même hébraïques, sans oublier les cultures gnawa. Certes, cela ressort de mon histoire familiale mais j’ai constaté qu’il y avait une résonance entre ma musique, ces cultures, et ma vision du monde, qui est aussi politique et sociale. C’est un message très simple d’égalité et de justice. C’est tellement étrange que des valeurs humaines élémentaires soient actuellement battues en brèche » (ces propos sont tirés d’un entretien accordé à mon cher magazine magazine Citizen Jazz).

    Après avoir retracé les grandes lignes de son parcours musical tout au long de l’album Harlem Suite, qu’il avait conçu « comme une fresque », Jacques Schwarz-Bart resserre cette fois les rangs en choisissant la formule du trio, sans instrument harmonique qui « enferme souvent les improvisateurs dans un cadre d’accords prédéterminé. Leur absence ouvre un espace de folie supplémentaire ». À ses côtés, une paire éprouvée, noueuse et solidaire, composée de Reggie Washington (qui fut entre autres expériences fondatrices compagnon de route de Steve Coleman et Roy Hargrove et déploie de son côté d’autres couleurs de résistance avec Black Lives) à la contrebasse et Arnaud Dolmen à la batterie. Trois musiciens donc, d’une exemplaire unité dans l’expression, pour une musique « à l’os », où le chant des instruments se mêle à celui des voix, dans une fusion d’influences mêlant énergie, joie et humanisme. Leur jazz multicolore est admirable de par sa plénitude et la fluidité de son propos.

    Car il s’agit de ne pas de désespérer face à la montée des fascismes et autres phénomènes de déculturation technoïde un peu partout dans le monde, mais bien de considérer la force de la musique comme une possible (et nécessaire) arme vitale : « la musique, c’est notre superpower », souligne Jacques Schwarz-Bart. C’est bien cela – cette force fédératrice, généreuse qui porte son travail depuis de longues années – qu’on doit comprendre à l’écoute de son appel vibrant à une Resistance (un mot qu’on préférera de très loin, à celui de résilience, galvaudé et usé par la logomachie néolibérale) dont on espère qu’elle diffusera son message au plus grand nombre en même temps qu’elle assouvit dès à présent notre appétit de musiques habitées. Le jazz est là, vivant, vibrant. Résistant !

    Jacques Schwarz-Bart – Resistance – Quai Son Records – 28 août 2026